Avril 2020. Alors que la pénurie mondiale frappe de plein fouet les hôpitaux et les collectivités, un avion cargo en provenance de Chine atterrit à l’aéroport de Nice chargé de tonnes d’équipements sanitaires : masques FFP2, protections chirurgicales, blouses et autres fournitures destinées aux soignants et aux services essentiels. À l’époque, la municipalité dirigée par Christian Estrosi met en avant la réactivité de la collectivité et annonce également des commandes massives de masques réutilisables pour les habitants.
Ces achats réalisés en urgence sont désormais examinés par le parquet de Nice, saisi après le signalement d’un agent municipal. Celui-ci soupçonne des faits de favoritisme ou de prise illégale d’intérêts et a sollicité le statut de lanceur d’alerte.
Les interrogations concernent la façon dont les masques ont été achetés pendant la période la plus tendue de la crise. Deux entreprises apparaissent dans le dossier, CG Invest et S2M, cette dernière chargée de l’importation. D’après le signalement, l’ancien chef de cabinet du maire, Jean-Sébastien Martinez, aurait facilité l’intervention de Cyril Giacopino, patron de CG Invest, en passant par S2M.
Les masques auraient été achetés en Chine autour de 520 000 euros puis revendus à la collectivité pour plus d’un million d’euros, soit avec une marge importante, le tout sans appel d’offres en raison de l’état d’urgence sanitaire. Le signalement mentionne aussi qu’en 2021, les deux hommes ont investi ensemble dans un local commercial via une société civile immobilière, ce qui alimente les soupçons sur d’éventuelles contreparties.
La Ville assure avoir respecté la loi en pleine pénurie, reconnaît des commandes dépassant un million d’euros auprès de S2M et nie tout lien contractuel avec CG Invest. L’enquête devra établir si ces achats relevaient uniquement de l’urgence sanitaire ou s’ils cachent d’éventuelles infractions.